Les films de vampires


Les vampires, qui vivent la nuit, sucent le sang des gens, couchent dans un tombeau et volent des jeunes filles aux bons citoyens que nous sommes, ne sont pas des gens cools. Vous êtes d'accord ? Hé bien sachez que ce n'est pas l'avis de tout le monde !

Les vampires sont certes issus de l'imagination populaire mais ce qui nous intéressera ici, c'est leur entrée dans le monde de la littérature et du cinéma, qui se sont chargés de préciser sans cesse un peu plus leurs contours, autour de deux courants opposés, selon que l'on considère ou non le vampire comme un être malfaisant...




Dans un premier temps (Der Vampir de Heinrich Augustin von Ossenfelder en 1748, La Fiancée de Corinthe de Goethe en 1797, ou encore Le vampire de John William Polidori en 1819), le vampire n’est qu’un simple suceur de sang. Prenez une chauve-souris d'Amérique du sud, là où les étables leur servent de restau, greffez lui un cerveau, deux bras et deux jambes, et c'était ça, le vampire d'alors. Tout juste un machin qui fait peur aux vieilles dames et rigolo à tirer au fusil, j'exagère à peine...En revanche, il y avait quand même un lien avec l'au-delà, soit chrétien, soit païen.

Une nouvelle étape est franchie en 1872 avec Carmilla, de Sheridan Le Fanu : celle du romantisme. Dans cet ouvrage, l'accent est mis sur le fait que le vampire est victime de son état. En l'occurrence, c'est bien pratique, car cela permet de justifier le lesbianisme d'une vampire fort dérangeante à l'époque. En effet, si Carmilla est lesbienne, ce n'est pas de sa faute : c'est une malédiction !
L'imaginaire vient alors d'accoucher d'une deuxième sorte de vampire, victime de son état certes, mais surtout digne de compassion. Ce thème sera adapté au cinéma en 1932 par Carl Theodor Dreyer dans Vampyr, ou l'Étrange Aventure de David Gray.

En 1897, Bram Stoker publie Dracula (ça vous dit quelque chose ?), adapté en 1922 par Murnau dans Nosferatu, une symphonie de la terreur, où le comte Dracula renforce sa puissance en suçant du sang, commande aux morts et à certains éléments de la nature, pratique la nécromantie, disparaît à volonté. Bref, il est beaucoup moins marrant que ses copains d'antan, ne s'apitoie pas sur son sort, et le fusil ne suffit plus. Du coup, puisqu'il est l'incarnation du mal, il peut être logiquement combattu par les symboles des forces du bien : une croix en or, « devant laquelle il recule avec respect et s'enfuit » (in Dracula) ou une balle bénite, mais aussi des choses plus inattendues à l'époque comme l'ail ou une branche de rosier sauvage. En 1992 Francis Ford Coppola renoue avec cette conception dans un Dracula qu’il place dans un contexte de bien, de mal et de sacralisation (fou de douleur après le suicide de sa femme, Vlad Dracul renie l’Église et vend son âme aux pouvoirs obscurs, ce qui n'est vraiment pas très bien de sa part).

De ce très court exposé sur la construction vampirique en littérature et au cinéma, on peut constater qu'il y a deux fois deux conceptions possibles du vampire, selon qu'on mette l'accent plus sur sa dangerosité ou sur sa qualité de victime d'une malédiction, et sur son lien avec l'enfer ou non.

Concernant la victimisation du vampire (qui revient en gros à victimiser les cafard de ma voisine), c'est le parti qu'à choisit Anne Rice en 1976, dans son roman Entretien avec un vampire, qui décrit des vampires aux prises avec leurs propres questions existentielles, bien adaptées au cinéma par Neil Jordan, en 1994.
En revanche dans le film Blade de Stephen Norrington en 1998, inspiré de la bande dessinée éponyme, les vampires sont une menace, mais l’un d’eux lutte avec acharnement pour sortir de sa condition. Et tout collègue vampire qui pointerait son petit nez se verrait impitoyablement exploser la tête à grands coups de sabre.

Concernant la religiosité des vampires, elle était très forte dans Der vampyr comme dans La fiancée de Corinthe. Ce dernier livre envisageait même la question de la conversion au christianisme. Dans Le vampire et Carmilla, elle n'est que sous-jacente. Dans Dracula, elle reprend en vivacité.
Ainsi, le vampire incarne le mal et peut être combattu avec les armes sacrées de la religion. Il est vrai que dans le film de Murnau, seule une femme au cœur pur peut vaincre le comte en lui faisant oublier le lever du jour, mais même si, dans ce cas, l& rsquo;arme anti-vampire est désacralisée (coupée de la religion), elle reste centrée sur un symbole du bien : la pureté.
Mais dans le roman d'Anne Rice, on passe un cap : le prêtre est tourné en ridicule. Le vampire n'est pas un démon. Puis, petit à petit, le vampire se détache de son enveloppe sulfureuse. La condition vampirique n'est plus un avatar de l'enfer, mais un genre à part comme l'humanité et l'animalité.
De ce fait, les armes anti-vampires sont remises en question et, s'il en est, plus rien ne justifie qu'elles soient inscrites dans une symbolique du bien, et encore moins du sacré. Plus de croix, plus de prières. Dans le beaucoup plus récent Blade, le sombre héros rit quand il entend parler d'une croix pour repousser les vampires. Le terrain est prêt pour une rencontre au sommet : la création du vampire digne de compassion et totalement étranger au sacré, dont on peut même épouser la condition.

Si on regarde en effet les films récents traitant de la condition des vampires, on peut noter une évolution très nette.
Dans L'assistant du vampire, de Paul Weitz en 2009, le héros choisit d'être un vampire, et souffre de devoir sucer le sang de ses victimes, mais avant cela, il se rend ridicule en essayant de repousser, doigts en croix, le vampire qui l'agresse.
Dans la saga Twilight, démarrée en 2008, les vampires sont sympathiques (même si le teint pâle et la tronche enfarinée sont là pour leur donner le côté gothique de la mort qui tue). Bella, l'héroïne, va même choisir de devenir vampire par amour !
Cette récente bienveillance pour le côté obscur est très nouveau. Même si, dans Entretien avec un vampire, la question existentielle est posée, la petite Claudia déteste Lestat parce qu'il est le responsable de sa condition ! Une telle attirance pour l'obscurité n'est donc rendue possible que parce que le vampire n'est plus méchant par nature, et qu'il n'est donc pas lié aux forces des ténèbres.

Il reste bien entendu quelques films comme Fright Night (2011) ou Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (2012), qui présentent le vampire comme un ennemi sanguinaire, mais ces films se raréfient.
On peut donc constater un glissement progressif dans la relation entre le mythe du vampire et le public. Peur et détestation d'abord, compréhension ensuite, désir d'assimilation enfin.
Il ne manquerait plus qu'on institue une fête pendant laquelle les enfants pourraient se déguiser en vampires et frapper chez les gens pour faire semblant de les agresser !
J'avais un élève qui s'était mis des lentilles (pour les yeux, pas l'aliment parce que ça fait mal, des lentilles & agrave; la moutarde sur les yeux) de transformation en vampire, qu'il portait quotidiennement. Ses yeux apparaissaient jaunes avec une minuscule pupille noire au centre. Depuis, il les a retiré, soit parce qu'il se faisait peur en se rasant, soit parce que les filles préfèrent les loups-garous. Pourvu qu'il n'ait pas recours aux implants !

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P.S. : suite à une impossibilité technique dû a un remplacement d'ampoule sur le projecteur de Gotham City, nous avons été dans l'impossibilité de demander à Batman si toutes les chauve-souris humanoïdes sont des vampires. Si quelqu'un a une information à ce sujet, merci d'en faire profiter les autres !


Informations complémentaires

L'Assistant du vampire (2009)

Réalisateur : Paul Weitz

Acteurs : John C. Reilly (Larten Crepsley), Josh Hutcherson (Steve), Chris Massoglia (Darren) et Salma Hayek (Madame Truska) .

Durée : 01:49:00

Commentaires

Portrait de Revel Hugues
Symbolisme du vampire

Le vampire est le symbôle absolument contraire du Christ. Celui-ci donne son sang pour sauver les êtres humains, le vampire prend le sang des humains pour vivre, et les enferme ce faisant dans une éternité  de destruction maléfique ......

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116 utilisateurs ont voté.

Casoar

Portrait de GPS
Très intéressant article...

... Qui illustre bien, une fois encore, la perte de repère moral dans l'industrie du cinéma.

On est du côté des voleurs (Ocean's eleven, twelve etc.), des vampires...

Dans cet article, j'aurais aimé une analyse du film "je suis une légende". Le livre dont il est tiré est une reconstruction complète du mythe du vampire, qui devient une maladie provoquée par une bactérie, qui peu à peu infecte toute l'humanité. En ce sens, il s'inscrit aussi dans la mouvance de la banalisation du vampire. Est-ce aussi le cas du film ?

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114 utilisateurs ont voté.
Portrait de Mia
Pas vraiment des vampires

Dans le film 'Je suis une légende', les personnes contaminées ne sont pas vraiment des 'vampires'. Le film est intéressant dans le sens où il part du nouveau vaccin à l'origine de la contamination. Le héros cherche à créer un sérum pour aider son prochain. Tout le contraire du film décérébré 'World War Z' (d'accord, les gens contaminés deviennent zombies) où la priorité n'est pas de trouver un remède et où la seule alternative décidée est d'éliminer en masse les personnes contaminées (à coup d'armes et de renforts militaires). Bel exemple de malthusianisme !

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121 utilisateurs ont voté.