Dans les forêts de Sibérie

Film : Dans les forêts de Sibérie (2016)

Réalisateur : Safy Nebbou

Acteurs : Raphaël Personnaz (Teddy), Evgueni Sidikhine (Aleksei)

Durée : 01:45:00


D’aucuns parlent de « film parfait », d’autres préféreront parler de bouse prétentieuse. La frontière est toujours fine et rarement nette avec les films aussi lents et silencieux que Dans les forets de Sibérie. Il semble cependant que ce nouveau métrage de Saffy Nebbou justifie une place parmi les meilleurs films du genre.

Aborder l’histoire d’un homme qui se retire seul sur le lac Baïkal pour fuir sa vie d’informaticien parisien c’est se confronter à de nombreux clichés et se mesurer à d’autres très bons films qui l’ont déjà fait. Il faut éviter l’écueil du cliché misanthrope, trop fréquent chez l’altermondialiste germanopratin qui aime se détester et refuser son époque en écrivant des articles sur sa tablette entre deux tweets incendiaires sur le rythme abrutissant de la vie parisienne. Ici, le personnage ne semble pas particulièrement en rébellion, et ne se pétrit d’aucune certitude : il découvre innocemment que la liberté n’est pas atteinte dans les conquêtes matérielles, mais dans le dépouillement. Et le film ne tentera jamais d’en convaincre lourdement le spectateur.

La critique française, toujours inquiète du positionnement du cinéma français par rapport à l’américain, aura cru complimenter Dans les forets de Sibérie en le comparant au, très réussi, Into the Wild de Sean Penn. Mais il ne s’agit en réalité pas des mêmes films. Quand l’Américain propose une révolte politique entamée par son héros, et le fait prosélyte de l’écologie, de la pauvreté, j’en passe…, le Français ne décrit qu’une prise de conscience chez un personnage qui n’en quitte pas pour autant le monde. Là ou l’Américain veut à tout prit engager l’humanité dans sa lutte, le Français fait son chemin dans la solitude.

Saffy Nebbou, en s’appuyant sur le travail magnifique de l’écrivain Sylvain Tesson, auteur du récit de voyage éponyme, s’achète de surcroit une place dans la petite histoire de France en se faisant le rapporteur d’un mouvement encore balbutiant, mal compris et décrié par ces détracteurs, mais assurément d’importance capitale : une réaction prévisible aux excès d’une société qui étouffe les individus dans un bruit constant. Un bruit visuel, sonore, mais aussi temporel. Nos journées sont remplies de ce bruit qui occupe tout notre temps et notre esprit, et nous nous y accrochons, certains que ce superflu est devenu vital. C’est ce fardeau que Raphaël Personnaz abandonne, à l’orée des forêts sibériennes sublimées par la caméra du réalisateur. Et l’on découvre le silence et la légèreté de l’être en même temps que la difficulté d’exister. L’homme moderne mène une vie facile, mais reste toujours soucieux. En faisant fi du confort il trouve le réconfort : chose non exclusive, non excluable, à l’inverse des trophées de notre temps. Et c’est au nom de ça que Tesson écrit : « Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu ».