Réponses aux objections contre le cinéma


Il y a, comme partout, au moins deux courants qui s'opposent à une culture cinématographique : les laxistes, qui ne voient dans le cinéma qu'un innocent divertissement et ne souhaitent pas se poser plus de questions, et les rigoristes, pour qui le cinéma est dangereux, condamnable et ne mérite donc presque aucune considération.

Habituellement nos propos tentent d'aiguillonner les laxistes. Une fois n'est pas coutume, cet article s'adresse plutôt aux rigoristes et répond à leurs différentes attaques contre le cinéma (toutes réellement entendues dans des discussions ou des conférences).

On aurait tort de penser que les rigoristes arrivent à leurs conclusions après un raisonnement nourri par les objections ci-dessous. En réalité ils sont presque toujours d'abord contre le cinéma (par éducation, peur, etc.) et appellent dans un deuxième temps ces arguments en renfort.

Cela expliquera que certains arguments soient si faibles, mais nous nous devons néanmoins d'y répondre, parce qu'ils nous ont déjà été adressés.

 

  1. Le cinéma est inférieur à la lecture
  2. Celui qui s'habitue au cinéma ne lit plus
  3. Le cinéma ne demande pas autant de technique qu'un art authentique
  4. On n'a pas besoin du cinéma pour se sauver
  5. Les films qui sortent sont de pire en pire
  6. Trouver un bon film est fastidieux et nécessite d'avoir déjà une culture cinématographique
  7. Dans ce siècle de l'audiovisuel, il faut essayer le limiter le plus possible l'ingurgitation d'images
  8. D'accord pour décrypter l'image à partir de films, mais uniquement dans l'idée de désamorcer les pièges du cinéma

 

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1. Le cinéma est inférieur à la lecture

Certains avancent que le cinéma est une sous-culture parce qu'il donne directement accès à une image qu'il impose, alors que la lecture invite le lecteur à se servir de son imagination pour construire les images.

Ce constat est exact, mais il fait perdre de vue le principal.

1) si le cinéma doit être exclu parce qu'il passe d'abord par l'image, ce doit aussi être le cas de la peinture et de la sculpture. Pire : la musique, qui est le seul art « immédiat, » c'est-à-dire agissant directement sur les sens sans passer pas un médium (la statue, la toile, etc.).

2) les arts et les lettres mettent en scène des comportements selon trois points de vue possibles : focalisation interne, qui dévoilent la pensée des personnages, focalisation externe, qui décrit les actes de l'extérieur sans donner accès aux pensées, et focalisation zéro (c'est-à-dire omnisciente : on connaît les pensées, les sentiments intérieurs, les actes, etc.)

Dans le cas de la littérature et du cinéma, on peut retrouver les trois focalisations, tandis que dans le cas de la sculpture ou de la peinture par exemple, il n'y aura qu'une focalisation externe.

Sous ce rapport, donc, le cinéma est supérieur à d'autres arts, que les rigoristes laissent étonnamment tranquilles... Et ceux qui en tirent les conclusions et s'insurgent contre l'image de manière générale sont appelés par l'histoire (et le capitaine Haddock) : des « iconoclastes. »

3) d'un point de vue purement artistique, il est encore possible de voir les choses sous un autre rapport. Le cinéma regroupe plusieurs arts : le théâtre, la photographie, la musique... Par le biais du théâtre, il peut même y joindre la littérature, dans les dialogues, le récit, les descriptions, le discours indirect, etc.

De ce point de vue, donc, le cinéma est même supérieur à la littérature.

4) Quand les arts et les lettres mettent en scène des comportements, c'est pour véhiculer les jugements sur ces comportements. A L'écran, nous considérons que la peinture des mœurs doit en effet s'accompagner d'une approche non moralisante, mais morale, c'est-à-dire tirant des leçons des comportements pour en tirer des enseignements. Bien sûr ces conclusions ont déjà été élaborées par la philosophie morale, mais les arts permettent de redécouvrir ces conclusions dans le domaine de la contingence.

Cette objection de la supériorité de la lecture sur le cinéma ne se fait donc que sous le rapport du mode de connaissance. Le principal, à savoir ce qui est connu, est de même nature.

 

2. Celui qui s'habitue au cinéma ne lit plus

Cette objection contient une part de vérité. Quelqu'un qui n'est pas éduqué aura tendance à privilégier le cinéma à la lecture pour son immédiateté.

Mais il faut grandement relativiser.

1) L'expérience montre qu'un vrai littéraire (quelqu'un qui s'intéresse à la littérature en profondeur) est presque toujours cinéphile. Il n'en cesse pas de lire pour autant.

2) Dans la quasi-totalité des cas, un littéraire ne regarde pas de film de manière passive. Il recherche la qualité. Autrement dit ce n'est pas le cinéma qui empêche de lire, mais le manque d'éducation et la recherche de facilité.

3) Pourquoi faudrait-il choisir entre le cinéma et la lecture ?

 

3. Le cinéma ne demande pas autant de technique qu'un art authentique

C'est absolument faux.

De l'écriture du scénario au montage en passant par le jeu d'acteur et les prises de vue, le cinéma nécessite de faire appel à toutes les règles de la littérature, du théâtre, de la photographie, de la musique, etc.

Le cinéma est même un des derniers bastions de la très belle peinture, puisque de vrais maîtres sont utilisés pour les décors, appelé en cinéma « matte painting. »

 

4. On n'a pas besoin du cinéma pour se sauver

Cette objection vient évidemment d'un public croyant (seuls des catholiques et des musulmans nous ont soutenu ce type d'arguments, mais il n'est pas douteux que, dans d'autres religions, cette affirmation existe aussi).

Cette objection soulève la question du besoin.

1) les personnes qui affirment une telle chose ont pourtant toutes des voitures, des téléphones portables, des ordinateurs, dont aucun n'est indispensable pour le salut des âmes.

Décider de n'avoir que des choses indispensables au salut est un choix qui porte un nom : c'est la vie monacale. Aussi édifiante que soit celle-ci, il est évident qu'elle n'est pas exigible. Elle est un choix héroïque qui devient le pire quand il est embrassé par des êtres qui n'y sont pas mûrement préparés.

2) alors que les moines ne vivent que du nécessaire, ils ont pourtant été les flambeaux de la culture et de la civilisation pendant des millénaires, ce qui tendrait à prouver, pour ceux qui n'en serait pas déjà convaincus, que la culture n'est pas un luxe : c'est une nécessité.

3) comme tout art, le cinéma peut être un outil précieux au salut (voir objection : Le cinéma est inférieur à la lecture, réponse n°4).

 

5. Les films qui sortent sont de pire en pire

Cette objection émane de personnes qui fustigent à juste titre la violence et l'érotisme qui s'emparent de certains films.

Elle est pourtant inexacte.

1) Il s'agit d'une idée reçue. En effet, dans les années 80-90, c'est la déferlante du cinéma d'action américain en France. A cette occasion, les Stallone, Schwarzenegger, Van Damme et autres Willis évoluent dans des œuvres imprégnées de violence et d'érotisme. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Non pas que toutes les œuvres cinématographiques soient aujourd'hui « propres. » Mais il y a aujourd'hui beaucoup plus de choix, de productions indépendantes, de scénaristes talentueux. De ce fait, régulièrement d'excellents films sortent dans les salles, à côté desquels les rigoristes passent allègrement.

2) Les personnes qui adressent ces attaques viennent de tous les milieux. Elles estiment avoir été salies et aspirent à autre chose, et se sont parfois tournées vers d'autres loisirs (comme le sport, puisque la lecture souffre du même problème). Ce qu'elles oublient, c'est que cette réaction a aussi eu lieu dans le monde du cinéma. Le déroulement est bien connu : trop de sexe tue le sexe. Puisqu'il y en a partout et que montrer du sexe n'est plus une transgression, beaucoup de cinéastes ne voient même plus d'intérêt à montrer des scènes érotiques, même pour des raisons commerciales.

 

6. Trouver un bon film est fastidieux et nécessite d'avoir déjà une culture cinématographique

Cette objection n'a plus de raison d'être depuis que L'écran existe.

1) Depuis plusieurs années l'équipe de L'écran analyse, sélectionne et cote les films, afin que chacun connaisse exactement le contenu potentiellement édifiant ou au contraire avilissant d'un film.

2) De plus, L'écran a créé des « Parcours » cinématographiques, qui sélectionnent les meilleurs films de l'histoire du cinéma autour d'un thème technique (les westerns, les thrillers, etc.) ou éthique (la famille, la résistance à l'oppression, etc.). De quoi se faire une excellente culture cinématographique en toute bonne conscience.

 

7. Dans ce siècle de l'audiovisuel, il faut essayer le limiter le plus possible l'ingurgitation d'images

Cette objection repose sur l'inquiétude du bombardement par les images, et sur la conséquence supposée de ce bombardement, à savoir abrutir le public.

Cette inquiétude est louable, mais vaine.

1) Qu'on regarde ou non des films n'ajoute ou ne retranche pas grand chose à l'exposition aux images (pourvu évidemment qu'on ne passe pas son temps à regarder des films).

2) En revanche faire l'impasse sur de bonnes images revient à laisser le terrain aux images nocives. L’œil doit apprendre à reconnaître le beau, le vrai et le bien pour développer une sorte de filtre. Sur un terrain vierge et non préparé, les images nocives ont un impact dévastateur.

3) Certaines personnes frileuses sur la question du cinéma constatent parfois la dévastation des images sur les esprits non préparés, mais en tirent la conclusion qu'ils ont bien fait de ne pas s'exposer, alors qu'il aurait fallu bien au contraire former son intelligence et enrichir son imagination.

 

8. D'accord pour décrypter l'image à partir de films, mais uniquement dans l'idée de désamorcer les pièges du cinéma

Cette objection accompagne souvent la précédente. Elle consiste à n'envisager le cinéma que comme un danger.

Certaines personnes pensent faire apprivoiser le cinéma par les rigoristes en se plaçant sur leur terrain, c'est-à-dire en adoptant une attitude du type : « oui, vous avez raison, il y a des dangers. Nous allons donc vous apprendre à les éviter et vous pourrez ainsi profiter des films sans crainte. » Cette attitude est naïve.

1) En réalité, l'expérience montre qu'elle ne fait que conforter les peurs et les méfiances, et bloque toute ouverture ultérieure aux beautés et aux vérités véhiculées par le cinéma.

2) Une protection ne sert qu'à ceux qui sortent de la coquille. Quand on est dans un cocon confortable, on n'a que faire d'une protection. Or le rigoriste se construit un système clos dans lequel il ne perçoit pas la nécessité d'une protection contre le cinéma, puisque celui-ci est exclu de sa maisonnée.


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