Florian Gallenberger, le réalisateur du film, est un passionné. D'origine allemande, il enquêta pendant 17 ans sur la Colonia Dignidad, créé en 1961 au Chili par un compatriote, Paul Schäfer Schneider. Ancien nazi, celui-ci prospéra sous le régime de Salvador Allende avant d'être récupéré par les partisans de Pinochet en 1973, à des fins de torture et de séquestration. Poursuivi en autres par la France, l'Allemagne et, bien sûr, le Chili, dénoncé par l'ONU et Amnesty International, ce personnage haut en couleur fut finalement capturé en Argentine en 2005 et condamné en 2006 à 20 ans de réclusion dans une prison qui verra s'éteindre sa flamme noire. Car Shäfer, c'est entendu, ne fut pas un tendre. De ses exactions, l'histoire a principalement retenu la torture, la pédophilie, la séquestration, mais il ne s'agit que des signes extérieurs d'une attitude perverse et dominatrice caché par une bouille beaucoup plus sympathique dans la réalité que dans le film, évidemment à charge. Dans son film, Florian Gallenberger met en scène un jeune couple de militants gauchistes évidemment beaux, gentils, intelligents, militants pour la liberté et contre l'impéralisme américain, aux prises avec le général Pinochet lors de son putsch en 1973. On vous fera la grâce de vous refaire le résumé, mais concrètement ceux-ci se retrouvent aux prises avec les bargeots de la colonie. Les mécanismes de la colonie sont mis en scène de façon assez étrange. Tout d'abord la personnalité de Shäfer est brossée de façon assez maladroite. Dans le film, celui-ci est violent et s'adonne en permanence à des pratiques ouvertement cinglées. Dans la colonie, les choses étaient certainement beaucoup plus pernicieuses. Condition indispensable pour qu'une telle escroquerie fonctionne, il fallait une chappe idéologique de premier ordre pour enfermer les adeptes dans de tels fers. En l'occurrence, il y a fort à parier que si le film était la réalité, c'est-à-dire s'il n'y avait autre chose que la simple personnalité du gourou, ce dernier n'aurait pu prospérer pendant toutes ces années. Ensuite le film manque d'honnêteté intellectuelle. Soit on fait un film pour charger Pinochet, ce qui est très simple à faire, et dans ce cas la colonie n'est qu'une horreur parmi bien d'autres (on ne va pas dire un "détail de l'histoire" pour ne pas énerver tout le monde), soit on décide de faire un film sur la colonie ou Shäfer, et dans ce cas il faut être honnête et exhaustif : la colonie est apparue bien avant Pinochet, sous Jorge Alessandri Rodríguez, Président à l'époque et classé à droite de l'échiquier politique chilien, mais surtout elle a largement prospéré sous Eduardo Frei Montalva (démocratie chrétienne, partisan de la Troisième voie et du personnalisme intégral de Jacques Maritain) puis Salvador Allende (socialo-communiste). Quand Pinochet arrive au pouvoir en 1973, la colonie exerce son emprise néfaste sous tous les bords politiques depuis plus de 10 ans déjà, et avec tous ses privilèges, toutes ses protections et tous ses encouragements ! Or dans le film on a nettement l'impression que cette colonie est une sorte d'émanation de la junte au pouvoir... Rendre Pinochet responsable de tous les maux du monde est assez malhonnête. Pour le reste, le film est assez bien fait. Emma Watson et Daniel Brühl incarnent des jeunes gens courageux et qui ont la tête sur les épaules. Leur résistance est admirable et, serti dans une mise en scène anxiogène aux relents de torture bien sordide, leur jeu d'acteurs s'installe efficacement. Pourtant, hormis le sujet, rien n'est extraordinaire dans ce film. L'intrigue est menée correctement mais ne laisse pas un souvenir impérissable, l'architecture du scénario est simple, les musiques assez quelconques... Si vous aimez la période et que vous souhaitez l'illustrer, le film vous séduira donc probablement mais, à défaut, vous risquez de regretter vos places.
Florian Gallenberger, le réalisateur du film, est un passionné. D'origine allemande, il enquêta pendant 17 ans sur la Colonia Dignidad, créé en 1961 au Chili par un compatriote, Paul Schäfer Schneider. Ancien nazi, celui-ci prospéra sous le régime de Salvador Allende avant d'être récupéré par les partisans de Pinochet en 1973, à des fins de torture et de séquestration. Poursuivi en autres par la France, l'Allemagne et, bien sûr, le Chili, dénoncé par l'ONU et Amnesty International, ce personnage haut en couleur fut finalement capturé en Argentine en 2005 et condamné en 2006 à 20 ans de réclusion dans une prison qui verra s'éteindre sa flamme noire. Car Shäfer, c'est entendu, ne fut pas un tendre. De ses exactions, l'histoire a principalement retenu la torture, la pédophilie, la séquestration, mais il ne s'agit que des signes extérieurs d'une attitude perverse et dominatrice caché par une bouille beaucoup plus sympathique dans la réalité que dans le film, évidemment à charge. Dans son film, Florian Gallenberger met en scène un jeune couple de militants gauchistes évidemment beaux, gentils, intelligents, militants pour la liberté et contre l'impéralisme américain, aux prises avec le général Pinochet lors de son putsch en 1973. On vous fera la grâce de vous refaire le résumé, mais concrètement ceux-ci se retrouvent aux prises avec les bargeots de la colonie. Les mécanismes de la colonie sont mis en scène de façon assez étrange. Tout d'abord la personnalité de Shäfer est brossée de façon assez maladroite. Dans le film, celui-ci est violent et s'adonne en permanence à des pratiques ouvertement cinglées. Dans la colonie, les choses étaient certainement beaucoup plus pernicieuses. Condition indispensable pour qu'une telle escroquerie fonctionne, il fallait une chappe idéologique de premier ordre pour enfermer les adeptes dans de tels fers. En l'occurrence, il y a fort à parier que si le film était la réalité, c'est-à-dire s'il n'y avait autre chose que la simple personnalité du gourou, ce dernier n'aurait pu prospérer pendant toutes ces années. Ensuite le film manque d'honnêteté intellectuelle. Soit on fait un film pour charger Pinochet, ce qui est très simple à faire, et dans ce cas la colonie n'est qu'une horreur parmi bien d'autres (on ne va pas dire un "détail de l'histoire" pour ne pas énerver tout le monde), soit on décide de faire un film sur la colonie ou Shäfer, et dans ce cas il faut être honnête et exhaustif : la colonie est apparue bien avant Pinochet, sous Jorge Alessandri Rodríguez, Président à l'époque et classé à droite de l'échiquier politique chilien, mais surtout elle a largement prospéré sous Eduardo Frei Montalva (démocratie chrétienne, partisan de la Troisième voie et du personnalisme intégral de Jacques Maritain) puis Salvador Allende (socialo-communiste). Quand Pinochet arrive au pouvoir en 1973, la colonie exerce son emprise néfaste sous tous les bords politiques depuis plus de 10 ans déjà, et avec tous ses privilèges, toutes ses protections et tous ses encouragements ! Or dans le film on a nettement l'impression que cette colonie est une sorte d'émanation de la junte au pouvoir... Rendre Pinochet responsable de tous les maux du monde est assez malhonnête. Pour le reste, le film est assez bien fait. Emma Watson et Daniel Brühl incarnent des jeunes gens courageux et qui ont la tête sur les épaules. Leur résistance est admirable et, serti dans une mise en scène anxiogène aux relents de torture bien sordide, leur jeu d'acteurs s'installe efficacement. Pourtant, hormis le sujet, rien n'est extraordinaire dans ce film. L'intrigue est menée correctement mais ne laisse pas un souvenir impérissable, l'architecture du scénario est simple, les musiques assez quelconques... Si vous aimez la période et que vous souhaitez l'illustrer, le film vous séduira donc probablement mais, à défaut, vous risquez de regretter vos places.