Le Tournoi

Film : Le Tournoi (2015)

Réalisateur : Elodie Namer

Acteurs : Michelangelo Passaniti (Cal), Lou de Laâge (Lou), Magne-Håvard Brekke (Viktor), Adam Corbier (Max)

Durée : 01:23:00


Le Tournoi est le premier film d’Élodie Namer et, franchement, c'est réussi. Du scénario à la mise en scène, de la mise en scène à l'ambiance, de l'ambiance au jeu des acteurs, tout est finement orchestré pour nous plonger dans un milieu assez peu connu : celui des joueurs d'échecs professionnels.

On les imagine intelligents, brillants même, mais laids comme des poux et limite inhumains. Élodie Namer vient casser le préjugé en montrant des personnages qui, s'ils sont effectivement immatures du fait aussi de leur jeunesse, sont comme vous et moi… Enfin, façon de parler bien sûr, parce que tout le film baigne dans une sorte d'érotisme latent, et là surgit l'éternelle question. Faut-il tout montrer ? Car le cinéma, comme la littérature, est un miroir de son temps. Entre ceux qui prétendent montrer tout de manière hyper-réaliste, et ceux qui voudraient forcer l'art à ne montrer que des comportements édifiants, nous voilà un peu perdus. Pourtant la réponse est comme souvent de reposer la question. Miroir de son temps, l'art montre ce qu'il voit, et aucune censure ne parviendra à l'empêcher. La question n'est donc pas « faut-il le montrer ? » mais « comment faut-il le montrer ? » En écrivant Phèdre, Racine ne nous montre pas une femme alanguie et lascive. Torturée certes, mais il faudra les interprétations modernes pour montrer avec complaisance ce que le spectateur imaginait facilement par lui-même.

Ici, les errements libidineux des jeunes joueurs d'échecs sont étalés de façon bien dommageable, ce qui empêche de recommander ce film, par ailleurs excellent, à tout public.

Mis à part cette sortie de route, Le Tournoi insiste sur le contraste entre génie et maturité. L'un n'est pas l'autre et réciproquement. Les paris en tous genre sont pour Cal et ses amis l'occasion de vibrer, de se prêter comme des chiots à des jeux de dominations, faits de victoires et de défaites. Par conséquent, la jeunesse et l'esprit de compétition ont souvent raison de la droite raison.

C'est ce qui poussera Cal à frôler la folie face à ce nouveau futur adversaire qui fait tomber ses camarades l'un après l'autre. D'où vient-il ? Est-il plus génial que lui ? Comment a-t-il pu perdre lors de cette partie d'échecs mentale dans le hall de cette hôtel face à cette provocation ?

Autant de questions qui font perdre pied au jeune garçon, mais autant d'occasion de développer sa maturité. Et c'est ce qui se produit. A la fin du film, Cal est devenu un homme...