Lost River

Film : Lost River (2014)

Réalisateur : Ryan Gosling

Acteurs : Christina Hendricks (Billy), Saoirse Ronan (Rat), Iain De Caestecker (Bones), Matt Smith (Bully)

Durée : 01:35:00


La misère au pays du rêve américain passionne les héritiers du Nouvel Hollywood. Déjà, Les Brasiers de la colère, l’année dernière, montrait une détresse réaliste semble-t-il nouvelle. Autrefois, cette douleur venait du Vietnam, ou du Bronx. Elle s’est réveillée dans les endroits dévastés par la crise ; pas étonnant que Detroit serve donc de décor à cette peinture sociale.

Les familles, dans cet univers désespéré, tentent de vivre, malgré tout. Mais à l’image de ces maisons incendiées, elles brûlent à petit feu. Le constat est aussi sombre que profond : la famille protège (« chaque famille est un foyer »), dans cette jungle, l’amour, agapé ou eros, allume comme des lumières rassurantes dans cette caverne horrible qu’est ce monde ; et à l’opposé, les solitaires deviennent fous, et les foules, fuyant l’Ennui,essaient d’entraîner dans leurs fêtes sinistres ceux qui échappent encore à leur « malédiction ».
La malédiction de ce patelin, de Lost River, est probablement la métaphore de tout un monde, de toute une époque, manifestement maudite, sans dieu, et sans but.

On ne rigole pas, dans ce cinéma-là ! Il est poétique, étrange, mélancolique, contemplatif et dérangeant. Ryan Gosling a tout appris de Nicolas Winding Refn, réalisateur de Drive (grâce auquel l’acteur est devenu nouvelle coqueluche d’Hollywood). Passé à la réalisation pour la première fois, il semble peu inspiré sur le scénario, longtemps déroutant. Presque jusqu’au bout, on se demande où tout cela mène. Gosling semble avoir laissé un film entièrement métaphorique, quelque peu abstrait, de sorte que l’interprétation en demeure variable. Et si Lost River parle d’une petite famille, dans un coin paumé, il n’empêche nullement de penser que ce cas est généralisable, que cette mère et ses gamins sont les justes, et que l’extérieur représente le monde corrompu. Lost River, selon son réalisateur novice, est le récit « d'une mère qui tente d'élever au mieux ses enfants dans un environnement hostile ».

Comment sortir de ce marasme ? « Que va-t-on faire ? » demande le fils. Rejoindre les autres en Enfer, ou continuer de marcher droit ? Comment briser les chaînes que sont le besoin d’argent pour l’une, le deuil interminable pour l’autre ? A moins de voir dans l’ésotérisme l’image du spirituel, difficile de savoir comment tenir le cap. Mais je ne peux en dire plus, de peur de vous spoiler …

Le langage employé est donc flou. Obscur quant à ses intentions, glauque à souhait pour décrire le monde drogué au divertissement, Lost River en laissera plus d’un en chemin. Le film est peu loquace quand il veut se faire comprendre, même à la fin (comme le bon Ryan quoi). Comme un poème hermétique, certains s’en dégoûtent, d’autres tentent de les saisir.
En revanche, on doit souligner la beauté sidérante des images, des couleurs, de la musique aussi, autour d’un casting impeccable. Là, beaucoup moins de doutes ! Lost River se rapproche, sans le vouloir, de l’esprit poétique de Rimbaud : une esthétique sublime, pour un sens mystérieux.