Médecin De Campagne

Film : Médecin De Campagne (2015)

Réalisateur : Thomas Lilti

Acteurs : François Cluzet (Jean-Pierre Werner), Marianne Denicourt (Nathalie Delezia), Isabelle Sadoyan (La Mère de Werner), Félix Moati (Vincent Werner)

Durée : 01:42:00


Après Hippocrate (2014), le réalisateur Thomas Lilti rempile pour un nouveau film sur la médecine avec Médecin de campagne. Loin des hôpitaux de centre-ville, cette histoire s’intéresse à la pratique de la médecine dans les communautés rurales. Le film aborde avec réalisme les problèmes liés à la désertification des campagnes. Vieillissement de la clientèle, difficulté d’accès aux personnes isolées, carence en personnel : tout cela semble traduire assez efficacement la situation actuelle en France.

Le film évite de tomber dans le piège du « docu-fiction » et assume véritablement son côté fictionnel, avec un bon François Cluzet, naturel et efficace, qui endosse la blouse de Jean-Pierre, expert en situations rurales complexes, aux côtés d’une infirmière reconvertie en docteur, Nathalie, débarquant de la ville. Le tandem fonctionne bien, avec un Jean-Pierre soucieux d’enseigner les spécificités de la campagne à sa consœur, désireuse quant à elle d’apporter un coup de neuf à ses méthodes. Les échanges sont plaisants, et l’on sent bien que l’auteur du film a fait des études de médecine et qu’il connaît bien le milieu, tant les petits détails concernant aussi bien la distribution des soins que la répartition des tâches, abondent d’une scène à l’autre. Cette chirurgie scénaristique imprègne le récit d’une touche de pertinence qui crédibilise beaucoup le jeu fin de François Cluzet. Le film met par ailleurs en avant la solidarité des médecins entre eux.

On regrettera seulement le pessimisme et l’américanisme récurrents du réalisateur. Pessimisme pouvant être compréhensible au regard de la dégradation des services de santé dans les campagnes, mais qui entache les dialogues sans véritable réponse : il devient presque acquis que la nature est mauvaise au regard du mal qu’elle laisse se propager. L’américanisme se traduit par l’absence de toute référence au nom, à la culture et à l’histoire des localités dans lesquelles l’histoire se déroule. Elle est sensée se passer en Normandie, mais trouve pour seuls décors des routes lambda, des pylônes électriques, un camp de gitans, des habitations disparates sans lien avec le paysage. Quand une fête populaire a lieu, pour alterner le rythme des visites médicales, il faut que ce soit étrangement une fête de cow-boys avec des musiques américaines. La scène pourrait très bien se dérouler dans le centre des Etats-Unis. Mais non, nous dit-on, c’est la Normandie. A l’heure où l’on reformate les régions françaises, il est finalement peu étonnant que notre homme n’ait pas trouvé la moindre référence culturelle à sa région d’origine. La réponse se trouve peut-être du côté des producteurs, Canal+, Ciné+, qui ont l’air de s’être empressés d’imposer un certain nombre de quotas à cette histoire, lui donnant parfois une couleur multiculturelle sans réel plus-value.

Au final Médecin de campagne s’agrémente de quelques situations comiques et donne parfois envie de partir en campagne… contre les politiques rurales irresponsables.